jeudi 27 juillet 2017

[L'étagère des classiques] My cousin Rachel - Daphne Du Maurier

306 pages (Editions Arrow books) - 4.5/5




Philip, sans la connaître, déteste cette femme que son cousin Ambroise, avec lequel il a toujours vécu étroitement uni dans leur beau domaine de Cornouailles, a épousée soudainement pendant un séjour en Italie. Quand Ambroise lui écrira qu'il soupçonne sa femme de vouloir l'empoisonner, Philip le croira d'emblée. Ambroise mort, il jure de le venger. Sa cousine, cependant, n'a rien de la femme qu'imagine Philip. Il ne tarde pas à s'éprendre d'elle, à bâtir follement un plan d'avenir pour finir par buter sur une réalité de cauchemar.




« 'I can forget,' I said, 'if you will too. There's something clean about a fire.
Nothing remains. Ashes don't count.' »


En bref... j’ai adoré cette lecture troublante et envoûtante. Comme Philip, j’ai succombé au charme de Rachel, tout en gardant une pointe de doute à son égard qui m’a accompagnée tout au long du roman. La fin ne m’a ainsi pas surprise, mais les différentes évolutions de la relation entre Philip et Rachel m’ont complètement emportée dans l’univers de Daphne Du Maurier, dont la plume est toujours aussi remarquable !


J’avais hâte de me plonger dans ce livre, et ce pour plusieurs raisons. Daphne Du Maurier est une de mes auteurs préférés, et je n’ai pas encore eu l’occasion de lire toute son œuvre ; elle est l’auteur de Rebecca, mon roman préféré ; elle manie avec talent le suspense et sait faire naître avec brio le doute chez le lecteur –et qui plus est, l’entretenir– ; la raison de ma précipitation est que j’avais hâte de voir son adaptation (j’adore les films d’époque, et j’aime beaucoup les acteurs : Rachel Weisz, qui prête ses traits au personnage principal, la philosophe Hypatie, dans mon film préféré, Agora de Alejandro Amenabar ; Sam Claflin, connu en tant que Finnick dans Hunger Games ou Will dans Avant toi ; Iain Glen, interprète de Ser Jorah Mormont dans la série Game of Thrones).

Je me suis donc plongée dans le roman avec pas mal d’attentes et, au début, je n’ai pas réussi à me détacher de Rebecca, avec lequel My cousin Rachel a de nombreux points communs mais, quand on connaît un peu l’œuvre de l’auteur, on découvre qu’il s’agit d’une preuve du doigté : en gardant toujours un décor similaire en Cornouailles, sans aucune indication de temporalité, dans lequel évolue un personnage principal (le narrateur) naïf avec la présence de l’ombre d’un personnage absent, Daphne Du Maurier arrive tout de même à faire voyager le lecteur dans un monde à part entière, selon une intrigue unique.

J’ai beaucoup aimé l’univers, en même temps sombre et lumineux : en Italie, tout n’est que lumière, alors que l’intrigue est dramatique ; là où il faut se réjouir, les personnages se perdent dans la grisaille des Cornouailles, malgré de nombreuses descriptions des jardins fleuris. C’est un contraste tout en subtilité, qui habille la puissance du drame psychologique. En effet, on retrouve cette impression de clair-obscur dans l’intrigue et chez les personnages.

D’abord, l’intrigue est celle d’un thriller. La question est de savoir si Rachel est responsable de la mort de son mari. Puis, vient s’ajouter la phase de roman d’apprentissage d’abord, quand le narrateur entre en contact avec Rachel ; comme lui, on apprend à la connaître, à essayer de la cerner, mais le lecteur est vite confronté à un problème : constamment, le doute s’insinue dans son esprit car, malgré un comportement avenant, on ne cesse d’être réticent à lui faire totalement confiance, ne sachant pas si elle sincère ou non. Cela m’a fait imaginé toutes les issues possibles, selon la personnalité de Rachel ; en somme, je n’ai jamais réussi à la cerner précisément, mais j’ai deviné le dénouement du thriller. A force de douter de Rachel, le lecteur ne cesse de se questionner, et le suspense devient uniquement de savoir laquelle de ses suppositions va s’avérer. Il y a bien sûr des détours que je n’avais pas envisagés, mais la conclusion est prévisible. J’ai adoré ce sentiment de déséquilibre tout au long de ma lecture, de ne pas savoir sur quel pied danser, quels sentiments destiner à Rachel, mais le fait d’avoir deviné la fin m’empêche de classer ce livre comme un coup de cœur.

Je dois tout de suite vous dire que j’ai adoré Rachel. Elle est vraiment attachante, aimable, et non pas menaçante. Certaines actions contredisent un peu cela mais, dans l’ensemble, je l’ai trouvée douce, et non pas fière, têtue et capricieuse comme le début le laisse croire. Il faut tout de même nuancer cela par le fait que l’on découvre ce personnage et l’on suit l’intrigue du point de vue de Philip, jeune homme qui va fêter ses vingt-cinq ans quelques mois après sa rencontre avec sa cousine ; vous comprendrez donc que la conception que l’on a de Rachel est tout sauf impartiale : si l’on suit d’abord les préjugés que Philip a au sujet de Rachel, on partage ensuite son attirance pour elle, ce qui nous la montre sous un jour nouveau. Le début est un peu long car, il faut l’avouer, la vie de Philip n’est pas très intéressante, mais cela nous permet de nous imprégner de sa routine et de comprendre le bouleversement que va causer l’arrivée de Rachel. Par la suite, Philip m’a un peu agacée, car il est très impulsif, passionné, irréfléchi et têtu ; il est également naïf et aveugle aux signaux que les femmes lui envoient. Cependant, à l’approche de l’issue du roman, c’est un Philip complètement changé, grandi de son quotidien avec Rachel, qui se présente. Il a perdu de sa naïveté et de sa lumière ; il est devenu comme le décor, plein de mystères et de parts d’ombre qui permettent d’aboutir à un tel dénouement. On sent bien que la relation entre Rachel et Philip est celle d’une maîtresse envers son élève, pour reprendre la comparaison faite dans le livre, mais il reste toujours une certaine distance entre eux, maintenue par la présence d’Ambrose. Bien que décédé, il est toujours rappelé dans leurs souvenirs, dans les objets du quotidien, dans la personne de Philip et le destin de celui-ci. Cet équilibre à trois est vraiment intéressant, surtout quand il est rompu par des scènes de haute tension dans un équilibre plus bicéphale, quels que soient les deux protagonistes : chacune des relations est différente, plus haute en couleur que la tranquillité habituelle.

Je ne peux pas conclure cette chronique sans vous parler de l’écriture de Daphne Du Maurier. Son style est vraiment fluide, mais également travaillé. J’aime le choix des mots que l’on sent, l’équilibre des phrases. Les descriptions sont très justement proportionnées (ni trop, ni trop peu). Enfin, mon passage préféré est une gradation (en fait, grammaticalement une énumération, mais une gradation dans l’intention) ; quel a été mon plaisir quand il est fait écho à ce passage à la fin, dont les dernières phrases sont tout simplement parfaites... Vous l’aurez compris, il ne vous reste plus qu’à le lire !

4 commentaires:

  1. J'ai Rebecca dans ma liseuse, quand j'ai vu ta photo sur Ig j'étais trop impatiente de lire ta chronique!
    Wow la citation que tu as mise ! Rien que cet extrait donne envie...

    Avis très intéressant, comme d'habitude ;) Hâte de le lire

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    1. Le passage que je préfère dans ce livre était trop long, alors imagine ce que le livre peut être...
      J'espère vraiment que tu l'aimeras, et Rebecca encore plus ! Hâte de lire ton avis dessus ;)

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  2. Réponses
    1. J'en suis ravie ! :D
      J'ai essayé d'en dire le plus possible sans spoiler ;)

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